Jeremie

Société surréaliste

Le suppositoire identitaire

Comme un suppositoire, on m’a enfoncé de force un paradigme identitaire dans le cul. Apparemment inoffensif, ce médicament, introduit dans l’anus, guérit les maux de gorge; or, nous, Québécois, avons depuis longtemps le pharynx infecté par le complexe du « ti-peuple ». Nous sommes à ce point désabusés que nous sommes persuadés que le seul remède consiste à se pencher et à attendre qu’on nous insère bien profondément un antidote entre les fesses. Et voilà le guérisseur qui demande gentiment : « bend over, please », et la brebis enculée rejoint le troupeau du berger. N’est-ce pas fabuleux? un petit morceau de plastique in-rectum comme solution à notre problème.

Les effets pernicieux du médicament galénique s’installent doucement : il soigne rapidement les maux de gorge, mais il provoque un dysfonctionnement buccale. Du poison. Du poison s’infiltre dans la langue. Ce n’est que temporaire. De toute façon, c’est bien mieux qu’une infection au pharynx. À propos, nous sommes-nous posé la question à savoir si l’infection en est bien une? N’est-elle pas simplement le fruit de l’imagination des médecins? Faux diagnostique : fausse prescription. Une poussée de l’index et nous est installée la tranquillité d’esprit.

L’identité impérialo-américano-canadienno-britanniquo est un suppositoire : j’en ai plein le cul. Elle ne guérit pas mon problème. Je trouverai moi-même mon médicament si j’en ai besoin.

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Amour oculaire

Si je t’aime,
C’est parce que tes yeux sont confortables
Soyeux et affables
Je me loverais dans tes prunelles
D’iris infini,
Dans ton regard, je trouve gîte
Dans ton regard, je suis chez moi

Si je t’aime,
C’est parce que ma rétine te colle au corps,
Comme le charme t’habille !
Courtisan de pupilles
D’iris infini,
Entre tes cils, je suis courageux
Entre tes cils, ô comme je me sens mieux !

Le règne des vers

Mes amours dans la sphaigne
Sous un cuir mordoré
Dans un havre enterré
Où ta beauté se baigne

Envasés sous la tourbe
Momifiés à jamais
Éternels, désormais
Écartés, loins des fourbes

Mes doux vers dans la sphaigne,
Des pleurs, ont forlongé
Pour que soit prolongé
Leur magnificent règne

Ode à la rivelaine

Rivelaine qui frappes les parois
D’un portail rocailleux
Comme une montagne

Rivelaine qui ouvres un chemin,
Sur les joyaux endormis
Comme sur l’amour

Ô rivelaine, outil divin
Qui creuses la terre
D’une grotte céleste

Ô rivelaine,
Mon cœur est une sombre caverne
Aux mines inconnues
Où l’or y brille d’une manière singulière

Directions

Dites-moi droite
Je vous dirai gauche
Dites-moi gauche
Je vous demanderai pourquoi

Au moins, j’aurai du papier

Vous pouvez bien exécuter vos danses
Rythmées par la voix de l’indifférence
Dictées par l’idiotie qui n’a pas de yeux
Ponctuées par votre moment présent

Digérez vos substances émétiques
Pendant que certains vomissent
Leur nourriture indigeste
Et que d’autres n’ont rien à régurgiter

Lisez la bêtise, polluez vos cerveaux
Les Grands vous diront quoi faire
Leur immensité n’a d’égal
Que votre stupidité

Continuez à vous en foutre
Et lorsque la fin du monde percera l’horizon
Vous et moi n’aurons qu’à pleurer
Mais au moins, moi, j’aurai un crayon et du papier

Le colporté

C’est toujours l’Halloween

À chaque jour le trente et un

Tous les gens revêtent un masque

Et je ne crois que la supercherie

Le canular

Ils cognent sur ma naïveté

Y entrent comme des enfants

Candidement

Je me laisse éblouir

Flouer

Par leur avidité

Moi qui ne veut qu’assouvir

Les besoins des passants

Moi qui veux les embrasser,

J’oublie leur alibi

Me laisse attendrir

Par leur non-identité

À vouloir aider,

Je me nuis

Et la nuit,

N’est pas terminée